• Estimations

    Estimations

     

    En m’appuyant sur les données de l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris ainsi que les différentes statistiques et études à ma disposition, je me suis adonné à un jeu, celui d’estimer les entrées des films sortis en France avant 1944. Parmi les autres sources, citons, outre le CNC :

     

    - Le COIC pour les années 1940’s

    l’UNESCO

    - Différents rapports de cette époque (ceux de Guy de Carmoy, de Pierre Cherret et de Pierre Autré)

    - Jacques Choukroun (Titulaire d'une thèse de 3e cycle en histoire et civilisations et Maître de conférences en cinéma à l'Université Paul-Valéry-Montpellier)

    - Laurent Creton (professeur à l'Université de Paris III Sorbonne Nouvelle où il enseigne l'économie du cinéma, de l'audiovisuel et des médias numériques)

    Peter Bächlin

     -Colin Crisp (Professeur d'études cinématographiques et des médias à Griffith university, Brisbane, Australie). Son étude du cinéma français des années trente et du Box-office parisien de cette époque, en particulier, s’est révélé d’une grande aide.

    - Pour les revues d’époques, La Cinématographie Française, Le Film, Film Daily Yearbook et Motion Picture Herald, m’ont été très utiles.

     

    Avant toutes choses, quelques précisions s’imposent sur le

     

    BOX-OFFICE FRANÇAIS DES 1930’S

     

    Il n’existe aucune source officielle pour cette période et même les sources les plus fiables de l’époque (comme les rapports de commissions) restent des estimations. Toutefois il en ressort quelques enseignements.

     Durant cette décennie, le box-office français est l’un des plus faible parmi les principaux pays d’Europe, et de loin. La fréquentation oscille entre 200 et 250 millions d’entrées dans le meilleur des cas. A titre de comparaison, la fréquentation cinématographique ne cesse d’augmenter en Allemagne durant la décennie, passant de 245 millions d’entrées en 1932 à plus de 620 millions en 1939. En Grande-Bretagne, celle-ci stagne entre 900 millions et près d’un milliard de tickets vendus chaque année. Seule l’Italie semble avoir une fréquentation plus faible (vraisemblablement entre 175 et 200 millions d’entrées par an entre 1937 et 1939), l’Espagne étant hors-concours en raison de la guerre civile qui ravage le pays entre 1934 et 1936. De plus il y a un élément particulièrement prononcé dans notre contrée ;

     

    LA FRAUDE

     

    Contrairement à la Grande-Bretagne, l’Italie ou l’Allemagne, la France ne dispose pas encore d’un système de contrôle nationale des entrées des cinémas dans les années trente. Il en découle que les exploitants fraudent sur le décomptent des entrées. Concrètement ils vendent une partie des billets au noir, réduisant ainsi les recettes dues à l’état ainsi qu’aux producteurs et distributeurs. Ce système est d’ailleurs dénoncé par ces derniers, mais aussi par les réalisateurs et grandes vedettes, qui ont des intéressements sur les bénéfices de leurs films. Le phénomène est suffisamment prononcé pour qu’il soit mentionné dès la fin de la décennie dans une série de rapport de commission d’enquête sur le cinéma. Dès 1937, il est préconisé de créer une agence nationale de contrôle des recettes et de la vente des tickets par les salles. En 1939 doit être inauguré cet organisme, mais l’entrée en guerre fera tomber l’initiative à l’eau. C’est finalement le régime de Vichy qui créera en 1940 le premier institut du genre, le Comité d'Organisation de l'Industrie Cinématographique (COIC) qui sera remplacé par le CNC en 1947.

    Afin de se faire une idée de l’ampleur de la fraude, entre 1948 et 1951, le CNC, suite à une série de contrôles, qui ont aboutis au redressement de plus un demi-millier de salles, estime qu’environ 40% des billets vendus par les exploitants ne sont pas déclarés. Ceci alors que le COIC, puis le CNC existent depuis 10 ans. On imagine donc sans mal que durant les années trente, au moins une entrée sur deux n’était tout simplement pas comptabilisée.

    Toutefois, j’ai basé mes estimations sur les chiffres « officiels », mais on peut très bien estimer le double. En effet, il convient de ne pas perdre de vue que, malgré tout le soin que j’ai apporté à ces statistiques, cela reste uniquement une estimation personnelle des entrées potentielles que ces films auraient put faire.

    Bonne lecture.