• Box-office USA - 1928, 1ère partie

    Le classement est basé sur les recettes enregistrées entre le 1er janvier et le 31 décembre 1928 dans les principales salles du pays que Variety publiait chaque semaine. Sont donc présents quelques films de l’année précédente, sortis généralement en fin d’année et qui continuaient leur exploitation. Aussi, en plus de la recette annuelle, est indiqué dans la colonne de droite le cumul de l’exploitation en cours. Ce total n’inclut pas les éventuelles reprises. Les studios indiqués sont ceux des distributeurs.

     1928 est réellement l’année de transition entre le muet et le parlant, qui verra produit les derniers grands chef-d ’œuvres de cette période.

     Quelques chiffres : 6517 recettes hebdomadaires (près d’un millier de plus qu’en 1927) de 125 salles (23 de plus que l’année précédente) réparties dans 28 villes répertoriant 836 films ont été compilées. Ces seules salles ont récolté plus de $97.5millions à elles seules, soit 17 millions de plus que 1927.

     Très bonne lecture.

     Laurent Aumaitre

     

      RANG TITRES  REALISATEURS STARS DATE DE SORTIE  RECETTE SUR LA PERIODE   RECETTE CUMULEE DE L'EXPLOITATION  STUDIO        
      1 Les ailes
    WINGS
    William A. Wellman Clara Bow, Charles "Buddy" Rogers 12-août-27  $ 2 469 045,00  $ 3 021 790,00 Paramount        
     

    Jack Powell est un jeune Américain qui ne rêve que d’une chose : s’envoler dans les airs. Sa voisine Mary est follement amoureuse de lui, mais lui préfère la jolie Sylvia… laquelle n’a d’yeux que pour le séduisant David Armstrong. Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, les deux garçons décident de s’enrôler dans l’Air Force. De son côté, Mary rejoint la Women’s Motor Corps, espérant retrouver son grand amour parti combattre sur le sol français. D’abord méfiants l’un envers l’autre, Jack et David deviennent bientôt inséparables, unis pour le meilleur comme pour le pire face aux atrocités de la guerre…



    La Paramount engagea de gros moyens pour produire le film, c’est pourquoi elle ne souhaitait pas de William A. Wellman (seulement 11 films à son actif, tous à petit budget) qu’elle considérait come un vulgaire réalisateur de western de séries B. Elle envisageait plutôt Cecil B. DeMille ou Victor Fleming. Toutefois le chef de production, Budd Schulberg, faisait pression pour l’imposer car il était le seul réalisateur du studio à connaitre la guerre dans le milieu de l’aviation. Wellman, profitant d’une Garden Party organisée par les pontes du studio, emprunta un bimoteur et se posa à l’improviste au beau milieu des invités. Cela fit sensation et c’est ainsi que Jesse Lasky et Adolph Zuckor lui laissèrent le projet.

    L’imposant budget de deux millions de dollars ne suffisant pas, Jesse Lasky en personne négocia avec le département de la guerre américain pour obtenir une aide. Il dût être persuasif puisque celui-ci préta au studio 5000 hommes, dont 300 pilotes, 5 chars et plus de 100 avions (l’essentiel de la flotte américaine de l’époque) durant tout le tournage, soit l’équivalent de $16 millions !

    En effet le tournage dura 9 mois, une durée particulièrement longue à une époque où, du premier tour de manivelle à la mise en boite, faire un film durait à peine plus d’un mois. Au point que le studio envoya un directeur à San Antonio, au Texas, où avait lieu le tournage, afin de se plaindre. C’était une pratique à la fois rare et dissuasive à l’époque, aussi ne devait-il pas s’attendre à ce que Wellman lui réponde avant de tourner le dos : « Vous avez deux options : Un voyage retour immédiat ou un aller simple pour l’hôpital ». C’est ainsi que Wellman se forgea la réputation d’un réalisateur difficile pour les producteurs. Les rapports entre lui et le studio se détériorèrent à tel point qu’il ne fut pas invité à la cérémonie des oscars, et son nom ne fut même pas mentionné lors de la remise de l’oscar du meilleur film qu'il avait remporté (rappelons que les Oscars ont été crées et sont organisé par les studios). Wellman en gardera une rancœur envers les producteurs toute sa vie.

    C’est également sur le tournage de ce film que Clara Bow se forgea la réputation d’une femme à petite vertu. Seule femme sur un tournage en plein désert durant neuf mois, entourés d’homme en uniforme, les rumeurs allèrent très vite bon train, confirmées du reste par le réalisateur. De tout ceci, certainement beaucoup d’exagérations, comme tout ce qui entoure les scandales de la star. C’est toutefois sur le tournage qu’elle eut une liaison qui fit grand bruit avec Gary Copper. Ils s’aimèrent passionnément. Problème ; Elle s’était fiancée à Victor Fleming la veille du premier jour de tournage. Avec le temps cette réputation, qui tout d'abord lui sert, finira par lui coûter sa carrière.

           
      2 Le fou chantant
    SINGING FOOL, THE
    Lloyd Bacon Al Jolson 19-sept.-28  $ 2 426 226,00  $ 3 283 376,00 Warner Bros        
     

    L'histoire d'une vedette de la chanson, qui épouse une girl de son spectacle et qui a un fils avec elle. Malheureusement, il tombe dans l'oubli, et sa femme le quitte en emportant son fils bien-aimé. Plus tard, le chanteur retrouve le succès, mais son fils est à l'hôpital...


    Il faut battre le fer tant qu'il est chaut, dit le dicton. Seulement 11 mois après la sorti triomphale du Chanteur de jazz, et alors que celui-ci est encore à l'affiche, la Warner sort une nouvelle comédie musicale avec Al Jolson, toujours grimé de son blackface, afin de surfer sur l'engouement naissant du public pour le cinéma parlant. Le succès est encore bien supérieur, la recette mondiale du film étant la troisième plus grosse de la décennie et la plus importante, alors, de l'histoire du studio (qui ne connaitra pas un tel succès avant Sergent York en 1941). Il faudra attendre 1937 et Blanche neige et les 7 nains pour qu'un film le surpasse. Al Jolson devient ainsi la première superstar du parlant.

           
      3 Le chanteur de jazz
    JAZZ SINGER, THE
    Alan Crosland Al Jolson, May McAvoy 6-oct.-27  $ 1 633 517,00  $ 2 051 317,00 Warner Bros        
     

    Box-office USA - 1928

    Rabinowitz, chantre d'une synagogue, souhaite que son fils Jakie lui succède. Mais celui-ci préfère le jazz. Chasse par son père, il devient célèbre, maquille en noir, comme vedette de jazz, sous le nom de Jack Robin.

     

     

    Al Jolson était déjà l'une des plus grandes vedettes du pays avant de jouer dans son premier film; Le chanteur de jazz.

    Né en Lituanie, sa famille émigre aux Etats-Unis lorsqu'il a environ six ans. Quatre ans plus tard il est chanteur de rue avec son frère pour glaner quelques pièces, qu'ils dépensaient pour aller au théâtre le soir. Il a 16 ans lorsqu'il est embauché pour une saison dans un cirque où il chante durant un des spectacles. Deux ans plus tard il joue sur les planches d'un petit théâtre de Brooklyn. C'est là qu'il commence à se grimer en blackface, ce qui était alors populaire, et booste sa carrière. D'ailleurs son énergie, son sens du rythme et son talent pour le jazz lui vaut le respect en général de la communauté noire de l'époque.
     
    En 1911, il décroche son premier grand rôle dans une comédie musicale au Winter Garden de New York, tout récemment ouvert; La belle Paree. Le succès est total, la pièce étant joué 104 fois dans cette salle de 1508 places. A partir de ce moment, Al Jolson ne fera plus qu'enchaîner les succès. Parmi eux, citons Swanee et Robinson Crusoé Jr, tous deux adaptés au cinéma. Le succès est tel qu'en 1914 il gagne la somme colossale de $2000 par semaine ! Commence ensuite des tournées à travers tout le pays, toutes aussi triomphales. En 1921, alors qu'il est la vedette du plus grand succès de sa courte carrière, Bombo, qui lui valu pas moins de 37 rappels lors de la première, Lee Shubert, propriétaire du Winter Garden qui a Jolson sous contrat depuis 10 ans, baptise son nouveau théâtre du nom de Jolson, symbole de la popularité du chanteur.

           
      4 L'ange de la rue
    STREET ANGEL
    Frank Borzage Janet Gaynor, Charles Farrell 9-avr.-28  $ 1 443 550,00  $ 1 443 550,00 Fox        
     

    Maria, une jeune femme pauvre, qui a volé des médicaments pour sa mère malade, est poursuivie par la police dans les rues de Naples. Elle trouve refuge chez Charlie, un peintre qui lui demande de poser pour lui.



    Avec ce film, Borzage approfondi son style ébauché dans L'heure suprême et L'ange de la rue est considéré comme son deuxième chef-d'œuvre. C'est en tous cas son plus gros succès du muet.

    Diplômée de la San Francisco Polytechnic High School en 1923, à l'âge de 17 ans, Janet Gaynor s'intéresse alors au métier d'actrice et commence comme figurante dans des courts-métrages comiques chez Hal Roach. Puis elle a des petits rôles dans des longs-métrages pour Film Booking Offices of America. Six semaines après avoir commencé à tourner pour la Universal, un producteur de la Fox la remarque et la débauche, lui faisant signer un contrat de cinq ans. Un an et quelques films plus tard elle devient l'une des plus grande star américaine pour une dizaine d'années grâce à L'heure suprême.

           
      5 Le cirque
    CIRCUS, THE
    Charles Chaplin Charles Chaplin 6-janv.-28  $ 1 271 250,00  $ 1 271 250,00 United Artists        
     

    En fuyant la police, un vagabond se retrouve sur la piste d’un cirque. Ses étourderies provoquent l’hilarité du public et incitent le directeur de l’établissement à l’embaucher comme clown…


    Malgré son énorme succès (Variety le considérait, en 1932, comme le huitième plus gros succès mondial de l'ère du muet), Chaplin refusa que ce film soit de nouveau projeté sur les écrans 40 années durant (jusqu'en 1969) et il ne le mentionne même pas dans son autobiographie. Pourtant il voulait faire un film dans le milieu du cirque depuis 1920, mais la production devint un tel calvaire pour la star qu'il frôla la dépression nerveuse.

    Outre les nombreux "incidents" qui émaillèrent le tournage, débuté le 11 janvier 1926, soit deux ans plus tôt (gros incendie qui ravagea le studio de production, vol d'un wagon du cirque, les négatifs d'un mois de tournage qui furent rayés et une tempête qui détruisit le chapiteau), sa mère décédait durant la même période, tandis que sa femme Lita Gray demanda le divorce et l'IRS lui réclamait un million de dollars d'arriéré d'impôts. Beaucoup pour un seul homme, il faut le reconnaitre.

    Le déballage sordide dans la presse de détails sexuelles par sa future ex-femme ternit d'ailleurs son image auprès des américains. De plus, ses nombreux déplacements à New York et Londres dans son combat contre l'IRS retardèrent à ce point la production du film que le stress était tellement fort et ses cheveux blanchirent au point que pour être raccord avec les prises du début de tournage, il devait se les faire teindre en noir.

    Malgré tout, Le cirque reste l'un des films les plus drôles de l'auteur et certaines séquences restent cultes, comme celle de la cage aux lions (qui nécessita quand même 200 prises) et qui a été reprise dans un grand nombre de cartoons. Toutefois plusieurs critiques firent remarquer de nombreuses similitudes entre son film et le dernier du français Max Linder, pour lequel Chaplin n'avait jamais caché son admiration, ; Le roi du cirque.

    Le film fut nommé pour 4 Oscars (meilleur film, réalisateur, acteur et scénario), mais il lui fut finalement remis un Oscar spécial «pour avoir écrit, joué, réalisé et produit Le cirque »

           
      6 Ciel de gloire
    LILAC TIME
    George Fitzmaurice Colleen Moore, Gary Cooper 18-oct.-28  $ 1 158 550,00  $ 1 163 550,00 Warner Bros        
     

    Box-office USA - 1928Pendant la Première Guerre mondiale, un aviateur anglais tombe amoureux d'une jeune Française.

     

     

    Cette adaptation d'une pièce de Broadway de 1917 est à la fois le plus gros succès de la carrière de Colleen Moore et son dernier grand succès. En effet, ses quatre films suivants, tous sortis en 1929, connurent un accueil mitigés, ce qui incita la star à prendre une pause de quelques années. 

    Conçu comme une comédie au début, le film sombre dans le mélodrame romantique avant de se conclure comme un film de guerre aux scènes de combats aériens spectaculaires. Les crashs de trois avions en particulier, se sont révélés très dangereux à tourner.

     

           
      7 Ombres blanches
    WHITE SHADOWS IN SOUTH SEAS
    W. S. Van Dyke Monte Blue 10-nov.-28  $ 1 035 400,00  $ 1 073 700,00 MGM        
     

    Dégoûté de la vie et par son combat inutile contre les gens de sa race qui exploitent sans vergogne les indigènes au nom de la civilisation, le docteur Matthew Lloyd, qui exerce dans une petite île du Pacifique, noie son aigreur dans le whisky. Pour se débarrasser de lui, des trafiquants l'attachent sur une pirogue, qu'ils abandonnent au gré de l'océan. Le bateau échoue sur une petite île où les «ombres blanches» n'ont pas encore mis les pieds. Il y est reçu en ami. Fayaway, la fille du chef, cristallise à ses yeux toutes les joies de la vie libre. Matthew Lloyd, devenu Mataloa, vit dans cet éden un amour auquel il ne croyait plus...



    Inspiré d'un livre de voyage publié en 1919, Ombres blanches fut tourné à Tahiti même, à une époque où les tournages en extérieur était peu courants.

    Woody S. Van Dyke débuta sa carrière en tant qu'assistant réalisateur de David W. Griffith sur La naissance d'une nation et d'Intolérance. Il y avait quand même plus mauvaise école pour apprendre le métier, mais c'est avec ce film qu'il va s'imposer comme l'un des réalisateurs les plus important du studio. Il connaitra une série impressionnante de succès durant la décennie suivante, dont le célèbre Tarzan l'homme-singe, premier du personnage avec Johnny Weissmuller.

    Bien que muet, Ombres blanches est le premier film MGM à être équipé d'une BO et une bande sonore. Il reste connu pour être également le premier film où l'on entend le fameux lion rugir avant le générique. Il aura une suite l'année suivante, du même réalisateur, sous le titre Chanson païenne.

           
      8 Les quatre fils
    FOUR SONS
    John Ford Margaret Mann 12-févr.-28  $ 1 033 763,00  $ 1 155 263,00 Fox        
     

    Box-office USA - 1928C'est la Première Guerre Mondiale. Les quatre fils d'une veuve allemande partent au combat. L'un d'entre eux s'engage du côté américain.

     

     

     

    Inspiré d'un feuilleton publié deux ans plus tôt dans le Saturday Evening Post, ce film est considéré comme l'un des plus beau de la période muette de John Ford, fortement influencé par Murnau. Il reprend d'ailleurs le décor du marécage de l'Aurore, sortit l'année précédente, pour tourner une scène avec des soldats marchant dans la brume.


    Le film fera l'objet d'un remake parlant en 1940, réalisé par Archie Mayo.

           
      9 Le gaucho
    GAUCHO, THE
    F. Richard Jones Douglas Fairbanks, Lupe Velez 27-nov.-27  $ 856 800,00  $ 1 135 300,00 United Artists        
     

    Une fille est sauvée par un miracle après avoir chuté d'une falaise dans les Andes argentines, et est dotée de pouvoirs de guérison. Un sanctuaire est construit sur le site, et toute une ville se développe autour de lui, riche en or des fidèles reconnaissants. Ruiz, un général maléfique et sadique, conquiert la ville, confisque l'or et ferme le sanctuaire. Mais le Gaucho, le chef charismatique d'une bande de hors-la-loi, vient à la rescousse.



    Tourné en Argentine, Le gaucho a une assez mauvaise réputation. De fait, la critique et le public de l'époque furent un peu déconcerté par le ton plus mature et sexualisé du film et Douglas Fairbanks dans un rôle d'anti-héros. Mais contrairement à ce que l'on peut lire parfois, le film fut toutefois un vrai succès, lançant la carrière américaine de l'actrice mexicaine Lupe Velez, qui sera une star des 15 années à venir, jusqu'à son suicide en 1944.

           
      10 RAMONA Edwin Carewe Dolores Del Río, Warner Baxter 20-mai-28  $ 832 700,00  $ 832 700,00 United Artists        
     

    Après avoir refusé d'épouser son frère adoptif, une femme mexicaine à moitié amérindienne s'enfuit pour épouser un autochtone.


    Troisième adaptation d'un roman de 1884, après celle de Griffith, avec Mary Pickford (1910), et celle de 1916, Ramona est le premier film sonore et musicale de la United Artists, bien que muet.

    Le film inspirera une chanson du même nom, interprétée par Dolorès Del Rio pour la promotion du film et qui fut un succès mondial.

    Le roman sera de nouveau adapté à deux reprises; En 1936 avec Loretta Young et par le cinéma mexicain en 1944.

           
                             

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